Le Seedcamp de Londres, vu de l’intérieur !

11:59 Non classé

 

Tribune de Philippe Laval, PDG et fondateur de la start-up française Kwaga qui fournit un outil gratuit en ligne pour organiser les mails en s’appuyant sur une technologie d’analyse sémantique.

 

 

Seedcamp, c’est un peu la Star Academy des startups. Une vingtaine de sociétés ont été sélectionnées afin de représenter leur produit qui vient de naître (en seed) et d’être coachées 5 jours durant par les plus grands acteurs de l’Internet européen voire mondial. Les 5 meilleures sociétés sélectionnées en fin de semaine ont alors le droit de recevoir un investissement en seed money de 50 000 euros.

 

En tant que gagnant de l’édition régionale de SeedCamp Paris, je me suis rendu à la Seedcamp Week londonnienne (du 21 au 25 septembre) pour défendre les couleurs (rouge et noir) de Kwaga. Récit d’une semaine intense.

 

·         Le ‘pitch’

Arrivée au London University College où a lieu Seedcamp le lundi matin, un peu essoufflé. Pas évident de se retrouver dans cette magnifique université au centre de Londres. La journée commence par les « pitch » : chacune des 22 équipes en présence a 5 minutes pour présenter son concept face à la salle. Dans la salle, justement, une centaine de personnes au bas mot, la crème des VC (capitaux riskers), entrepreneurs et blogueurs de la nouvelle économie. Beaucoup d’anglais, pas mal d’européens mais aussi des américains, des indiens, un australien … A mon tour de monter sur scène, c’est très impressionnant, et cinq minutes, ça passe très vite ! Sylvain et moi avons beaucoup répété notre présentation : le problème (email overload), la solution (un service qui trie et marque vos emails pour vous), une démonstration, quelques mots sur la technique (sémantique et langage naturel), sur l’équipe, et voilà. Applaudissements nourris, j’ai juste le temps d’offrir des cartes d’invitations pour notre bêta privée et déjà une autre startup est sur scène. C’est Brainient, une startup roumaine qui travaille sur la monétisation des vidéos. Le fondateur, Emi, est jeune et brillant. Il est reconnaissable à ses chaussures rouges et au mot « Sex » qu’il réussit toujours à placer dans sa présentation ; cette fois-ci : « Software is like sex, it’s better when it’s free ».

 

·         Master Class

Après les pitchs et un repas consacré au networking, première Master Class : une personne face à la salle sur un sujet clef. Aujourd’hui, «  The StartUp RollerCoaster ». C’est Hjalmar Winbladh, fondateur de SendIt et de RebTel, qui nous parle de son parcours. Physiquement, Hjalmar est une véritable caricature de l’entrepreneur à succès : grand, blond, cheveux longs et mal rasé (bon, ça c’est une constante dans notre domaine), mais quel parcours !! Il a créé SenIt dans les années 90, à une époque où personne ne croit au business mobile et où lui-même n’a encore aucune expérience. Et pourtant, il va réussir à introduire SendIt en bourse puis à la revendre à Microsoft. Comme il le dit lui-même, il a été considéré comme un génie pendant quelques semaines. Avant le rachat par Microsoft, tout le monde pensait qu’il était fou mais très rapidement, il est ensuite apparu comme évident à tous qu’il avait vendu beaucoup trop tôt. C’est tellement plus facile de commenter que de faire ! Deux points me frappent tout particulièrement :

 

- Hjalmar reconnaît avoir fait de nombreuses erreurs, le secret étant de les corriger à temps ( « Correcting mistakes is difficult to do. But when you’re no longer correcting the same mistakes, then you know you’re making some progress”. )

- Il raconte comment pour sa première société, il rêvait de pouvoir engager des cadres supérieurs de grands groupes mais ne pouvait pas : trop jeune, pas crédible. Pour sa nouvelle société, Rebtel, par contre, pas de problème, il est devenu un entrepreneur connu et expérimenté, les seniors à gros calibre se précipitent. Et là, surprise! Les stratèges ne sont pas opérationnels : « I hired some really senior guys, but they weren’t used to actually working ». Comme le résume cruellement l’un de mes co-startuppers : “6 mois pour les engager, 3 mois pour les virer ». Attention, ce n’est pas un problème d’âge, je suis moi-même un senior, c’est juste que l’expérience accumulée dans une grande société, surtout à un poste de direction générale, n’est pas transposable en startup.

 

Petit moment de rêve quand Hjalmar projette des photos de son tour du monde : 3 ans sur un voilier avec sa famille. On fait tout ça pour ça aussi.

 

·         Mentoring

Le principe est simple : 5 mentors (VC, entrepreneurs, Googlers expérimentés), 1 entrepreneur, 40 minutes. Les mentors sont là pour aider l’entrepreneur dans son projet. En pratique, cela fait plus penser à une colle de prépa ou à un jury de thèse. Cette expérience va être répétée 16 fois en trois jours : c’est brutal, épuisant mais extrêmement enrichissant. Je comprends très rapidement que les mentors ont l’habitude d’être pitché et  que si l’on n’accroche pas leur attention dans les deux premières minutes, la session sera moins fructueuse. Du coup, mon discours se profile et se concentre sur l’essentiel : « We want to make email a better place ». Il y a aussi beaucoup d’avis différents et c’est à nous entrepreneurs d’en extraire la substantifique moelle. En tout cas, une chose est sûre : si vous êtes encore vivant à la fin des trois jours, c’est que vous vivez vraiment votre startup à fond. Une super épreuve du feu, en fait.

 

·         Panels Marketing & VC

C’est un peu comme la master class, sauf que cette fois-ci, il y a 5 ou 6 personnes sur scène. Et quelles personnes ! Pour le panel « Marketing des startups », rien de moins qu’ Eric Ries (le guru de Lean Startup), Dave Mc Clure (Startup Metrics for Pirates), Ian Dodsworth de Tweetdeck, Ali Mitchell de Huddle et Matt Ogle de Last.fm. Les présentations sont impeccablement faites, drôles et enrichissantes. Trois idées reçues démontées en détails :

- Shadow belief #1 : « We know what customers want »

- Shadow belief #2 : « We can accurately predict the future»

- Shadow belief #3 : « Advancing the Plan : Progress »

 

Et un message clef : confronter le plus vite possible votre produit/service avec ses utilisateurs, mesurer ce qu’ils en font et ce qu’ils aiment, itérer jusqu’à arriver au market fit. Selon Eric Ries, 80% du code développé par une startup sera abandonné en cours de route.

Côté VC, c’est aussi décoiffant. Le premier conseil proposé par deux des plus grands VCs de la planète, Fred Wilson et Fred Destin est : « Si vous devez échouer, échouez vite et recommencez ». (Fail fast). Ca a l’air un peu simpliste, mais c’est en fait un excellent conseil. C’est tellement humain de s’accrocher à une mauvaise idée qui ne décolle pas (je l’ai fait dans le passé). La seule ressource non renouvelable, c’est notre temps. Comment ne pas penser à Beckett : « Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better ».

Deuxième conseil, toujours se faire aider par un conseil dans une négociation avec un VC. Comme ils disent : « We are much better than you are at this game ».

 

·         En résumé

Bref, une semaine très riche en contacts, en expériences, en conseils, en émotions. Pour paraphraser Emi (Brainient), l’un des gagnants de cette semaine avec Boxed Ice, Brainient, Codility, Erply, Patients Know Best, Talasim, Platogo, Kwaga : 120 cartes de visites, 6 partenaires potentiels, 4 fêtes, 640 minutes de mentoring, 2 carnets remplis de feedback, 40 slides, 56 emails, plus de 40 pitchs, 50 000 euros, crédibilité, validation, focus et enthousiasme !

3 Responses

  1. Olivier Rafal Says:

    Merci Philippe pour ce résumé vivant et riche !

  2. Mathieu Marechal Says:

    Excellent ce compte-rendu, merci Philippe et longue vie à Kwaga ;)

  3. tran Says:

    Super résumé, on s’y croirait !!

    tous mes voeux à Kwaga

Rédiger un commentaire

Votre commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

NB: Votre commentaire ne sera publié qu'aprs la validation du modérateur du blog. Vous n'avez pas besoin de le publier à nouveau. Merci