L’alignement Métier des systèmes d’information : un enjeu majeur des DSI
mars 2, 2009 6:41 Architecture & Développement, Systèmes d'informationTribune libre écrite par Philippe Desfray, vice-président Recherche et Développement de Softeam. A noter que Softeam est l’un des principaux acteurs de la communauté Sustainable IT Architecture, qui organise - avec le soutien de LeMondeInformatique.fr - sa conférence annuelle le 30 avril prochain.
-Un enjeu sans cesse renforcé
Faire en sorte que le SI soit au service du métier, qu’il fluidifie et optimise le fonctionnement de l’entreprise, et qu’il soit réactif aux évolutions de l’entreprise et du métier : ceci est une exigence de la direction générale depuis que l’informatique existe, mais son acuité augmente sans cesse face à la compétition et aux attentes des clients, tandis que sa difficulté croît du fait de l’ampleur et la lourdeur de l’existant, ainsi que de la complexité croissante du SI. Le problème concerne l’ensemble de l’entreprise, notamment la direction générale, la MOA et la MOE. Il nécessite une réponse globale, qui commence par une organisation interne adaptée et une démarche partagée dans l’entreprise.
-Cadrer les évolutions du SI et de l’organisation
Une entreprise adresse un ou plusieurs métiers en fonctionnant selon ses objectifs. Le cadrage de l’organisation de l’entreprise et des évolutions de son SI est un élément décisif pour guider et aligner ces travaux, en garantissant que tous les participants coopèrent dans une même direction. Le cadrage comprend tout d’abord la définition de la « vision » de l’entreprise, notamment ses objectifs. Il est ensuite enrichi par l’inventaire des règles métier, qui indiquent les règles devant être appliquées par l’entreprise et son SI dans son fonctionnement quotidien. Il est enfin complété par l’analyse des besoins qui guideront la réalisation du SI. Ces trois disciplines (analyse des objectifs, analyse des règles métier, analyse des besoins) fournissent les points d’entrée indiquant ce que chacun doit réaliser, et ce à quoi le système doit se conformer. Ils forment une sorte de « contrat » que chacun peut comprendre.
-L’Architecture d’Entreprise – Formaliser le métier et le SI
C’est une évidence : aligner le métier sur le SI nécessite que le métier, l’entreprise et le SI soit connus de tous les intervenants, selon leurs préoccupations. Il faut donc formaliser le métier, l’entreprise, le SI : le cartographier, le modéliser. Le partage de connaissance sur le métier et sur le SI, enjeu majeur de la coopération MOA/MOE, doit être facilité par le fait que tous les intervenants disposent de modèles adressant leurs problématiques, liés les uns aux autres sous un référentiel commun : un seul outil pour le métier et l’IT favorise la communication
L’ Architecture d’Entreprise est une discipline internationalement reconnue, permettant de définir ce que sont le métier, l’entreprise, le SI et les cibles souhaitées. Les plans essentiels sur lesquels doit se concentrer l’architecture d’entreprise sont schématisés en plan « métier », « organisation » et « architecture logique », le plan « logiciel » adressant la partie informatique.
Cadrer le SI sur le métier ne doit pas aboutir à calquer le SI sur les dysfonctionnements internes d’une entreprise. Pour se dégager des contingences d’une entreprise, de son histoire, de ses évolutions parfois rapides, il est recommandé de formaliser le « métier » indépendamment de l’entreprise. Cette définition structure et contraint la manière dont une entreprise fonctionne. Le modèle métier guidera la manière d’optimiser l’organisation, et permettra de vérifier la pertinence et la complétude des processus métier. Il fournira la base conceptuelle du référentiel société, en même temps qu’il permettra de définir des échanges de données entre sociétés liées au métier.
A partir du métier, des objectifs et de l’existant, l’organisation de l’entreprise est formalisée en faisant apparaître les rôles, les responsabilités, les flux et événements métier, les processus métier puis en mesurant la réponse de ces éléments aux objectifs et leur fonctions face aux objets issus du métier proprement dit. Les objectifs sont quantifiés et assignés à des éléments de l’organisation : ce travail permet de vérifier que l’organisation répond aux objectifs, et de retravailler l’organisation pour répondre aux indicateurs de performance attendus. C’est ainsi par exemple que l’on s’attachera à retravailler un processus métier, pour l’optimiser face aux objectifs qu’il doit satisfaire. L’organisation se complète par une vision géographique, qui détermine comment l’organisation est déployée sur les différents sites de l’entreprise.
Le plan de l’architecture logique s’attache à décrire le système existant et le système cible, de manière macroscopique, sans s’attacher aux technologies de réalisation informatiques. Partant de la cartographie du SI, qui est d’abord un répertoire des applications et référentiels existants, qui les organise et structure en termes fonctionnels, identifie les flux d’échange et fournit des caractéristiques de ces éléments, le plan logique permet de décrire le système cible en recherchant une architecture « idéale ». L’architecture logique constitue la vision sur le SI partagée entre la MOA et la MOE. Elle présente la configuration du système avec les constituants que doit connaître la MOA pour jouer son rôle de propriétaire du système et de maîtrise d’ouvrage, et prédéfinit les travaux à réaliser pour la MOE. Des règles permettent d’identifier les « composants de services » et services nécessaires, à partir des processus métier (et de leurs activités devant être supportées par le SI) et à partir du modèle métier qui fournit les notions métier essentielles à gérer. Le cahier des charges est initié à partir du modèle de l’organisation, et complété relativement au modèle logique. Les travaux de réalisation délégués à la MOE sont ainsi fortement cadrés.
-Un outil de modélisation et un référentiel unique pour supporter la continuité des travaux
La modélisation de l’architecture d’entreprise puis du logiciel doit être vue sous la forme d’une évolution continue, d’un enchaînement logique entre les différents plans de modélisation, afin que chaque décision prise en aval, chaque élément de modèle, puisse être tracé vers un modèle amont, pour de proche en proche remonter jusqu’à la formalisation du métier et aux éléments de cadrage (règles métier, objectifs, exigences, dictionnaire). On a ainsi une chaîne de traçabilité, qui constitue l’outil majeur assurant l’alignement SI/Métier : l’outillage permet de mesurer la complétude d’un modèle (par exemple, toutes les exigences sont elles couvertes ? Tous les termes du dictionnaire sont ils représentés ?) et permet également d’effectuer des analyses d’impact, par exemple : quelles parties de l’organisation, quels éléments du SI sont impactés par la modification de tel objectif ? Ce cadrage continu permet de garantir le suivi des réalisations. On peut par exemple demander ce qui justifie l’introduction d’une exigence (par exemple la réponse à un objectif), qu’est-ce qui dans le SI satisfait cette exigence (par exemple un composant de services), et comment cette exigence sera vérifiée lors de la livraison du développement (par exemple un jeu de tests associé à l’exigence).
Cette évolution requiert que les modèles soient dans un même référentiel, gérés par un outil fédérateur. Une nouvelle génération d’atelier intègre les standards UML2 (Unified Modeling Language – Standard OMG) pour les aspects logiciels, BPMN pour les processus métier, des extensions dédiées pour formaliser l’Architecture d’Entreprise et chacun de ses plans, et un support dédié à l’analyse des objectif, l’analyse des règles métier, le dictionnaire métier et l’analyse des besoins. Cette démarche soutenue par un support outillé a l’avantage de permettre aux intervenants de prendre des décisions (priorités, investissements) informées relativement à la situation de l’entreprise et de son SI. Cependant, l’alignement SI sur le métier suppose en préalable une volonté de la direction générale, avec une organisation interne (MOA/MOE) adaptée assurant un partage des pratiques et des objectifs.

mars 3rd, 2009 at 9:42
Bien que votre analyse soit pertinente, je souhaite y apporter un complément. Je travaille sur un grand programme de transformation de S.I. Or celui-ci est un échec pour plusieurs raisons :
- Utilisation par les MOA d’UML pour exprimer le besoin. Ce qui hélas n’est pas très naturel pour cette population. En fait, le résultat est soit incompréhensible, soit trop détaillé. UML c’est bien mais pour les MOE.
- Utilisation de BPMN ne tient compte que de l’aspect traitement. Or dans la plupart des cas, c’est la répartition des données (sources multiples, référence maitre, etc) qui pose le plus de problème. Sur bien des projets, il y a duplication et plus des données de référence sans savoir qui est la référence maitre.
- Séparation des MOA/MOE. Souvent, les décisions budgétaires sont prises sans qu’il y ait une vraie concertation entre les deux partenaires et l’on se retrouve à traiter un sujet avec des moyens inadaptés. De plus, lors des phases aval à la spécification, les MOA ont tendance à se désengager du projet et à revenir que très tardivement lors de la recette fonctionnelle.
Je pense que l’idée d’un référentiel unique est bien mais il y a un problème majeur à résoudre, c’est qu’il doit prendre en compte tous les aspects du S.I. A savoir :
- spécifications
- modélisation
- conception
- recette
- exploitation
- contrôle & audit
En gros, un mélange d’UML2, BPMN, MDM, COBIT, ITIL, TMMI, EA. Et cerise sur le gâteau n’oublions pas CMMI.
L’enjeu est de taille et seul une vision globale peut apporter un réponse à l’alignement métier/SI.
Pour le moment, chaque aspect est plus ou moins couvert de manière indépendante. Pour réussir, il va falloir les marier et ce n’est pas facile.
mars 3rd, 2009 at 11:14
Bonjour Monsieur,
Permettez-moi à la fois de vous applaudir et de vous critiquer.
Vous applaudir car je souscris entièrement à l’ensemble des affirmations concernant l’outillage, la modélisation, le référentiel commun, les règles, ainsi que la traçabilité liée (entre autres) aux jeux de tests pertinents.
Vous critiquer parce que ces mêmes arguments qui ne datent pas d’aujourd’hui - je dirais vieux de vingt ans - n’ont pas réussi à changer le désalignement de l’informatique par rapport au métier. J’en fournis quelques raisons chiffrées dans mon blog. Ne pas admettre ce constat d’échec, ne pas en expliquer les raisons et surtout ne pas proposer des moyens de contournement nuit à votre discours.
Très cordialement
Joe Maalouf
mars 3rd, 2009 at 13:09
Merci de vos retours, tous pertinents.
Il est certain qu’il faut des vues adaptées à chaque type d’interlocuteur (MOA/MOE, et plus en détail architecte, analyste métier …) D’où l’importance des points de vues prédéfinis ou facettes, chacun apportant une modélisation dédiée (une vue simplifiée et focalisée pour la MOA, qui n’est pas UML)
Ni BPMN ni UML ne suffisent individuellement. Il est nécessaire d’intégrer ^plusieurs types de modélisation et de représentation. La réponse au problème des sources de données est en partie liée à la démarche (faire des modèles conceptuels ou “sémantiques”, définir ensuite la répartition des données, lier les processus à ces modèles sémantiques). et en partie liée à l’atelier, qui doit permettre d’associer facilement processus et produits (données) manipulés.
Sur les problèmes organisationnels MOA/MOE, ils sont évidemment clé, et malheureusement pas mal en dehors de questions de modélisation. Ils relèvent parfois de problèmes de luttes d’influence, d’histoire d’entreprise entravant une démarche rationnelle.
Vous avez raison de rappeler que tout n’est pas encore intégré dans le référentiel : difficulté aussi de marier COBIT, ITIL, CMMI, mais il faut progresser à pas assurés.
Pour les remarques de Joe Maalouf, certes les arguments ne sont pas nouveaux (comme tant de choses en informatique), ce qui n’enlève rien à leur pertinence. Ce que dit mon article, est que nous avons de nouveaux outils (au sens large, je pense aux techniques de modélisation et méthodologies) qui renforce cette solution. Mais bien sur, ceci n’est qu’un élément de solution, qui ne peut s’affranchir par exemple des problèmes organisationnels MOA/MOE précédemment cités.
Philippe Desfray
mars 3rd, 2009 at 20:22
Le terme “d’entreprise” me dérange un peu car s’il est évident que votre réflexion est intéressante et pertinente, elle n’en demeure pas moins cantonnée aux aspects SI et automatisation des processus. Une architecture d’entreprise (agile ou non) doit couvrir plusieurs autre aspects.
mars 4th, 2009 at 9:33
Monsieur Maalouf,
Pourriez vous indiquer l’adresse de votre blog ? Je vous précise toutefois que mes propos ne sont qu’un constat. Par ailleurs, je n’ai pas les réponses à toutes les questions. Je suis d’accord avec vous, c’est depuis le début de l’informatique ou presque que ça dure et qu’on y arrive pas!!
mars 4th, 2009 at 17:53
On parle bien de l’alignement du SI sur les métiers (et non l’inverse comme suppose le titre de l’article, à moins que cela ne soit un lapsus révélateur ;-).
L’auteur nous indique qu’en amont d’une étude d’alignement, il faudrait disposer d’un référentiel d’entreprise complètement documenté. Or, cela me paraît impossible, et de plus il me semble justement que c’est l’inverse.
Cela fait effectivement 20 ans (au moins) que les fournisseurs de solution nous annoncent que (maintenant) nous disposons des méthodes, démarches, langages, outils, … pour élaborer ce référentiel comme il faut. Et je vous dis que c’est vrai, car j’en ai réalisé plusieurs ! Cela fait 20 ans que des entreprises se lancent dans des projets de constitution de tel référentiel, qu’elles ont du mal à les faire aboutir, qu’elles ont encore plus de mal à maintenir la documentation à jour, et qu’elles les utilisent très peu et notamment pour leur étude d’alignement. Pourquoi ?
Commencez par faire un test. Prenez chaque concept cité comme devant être documenté et estimez le nombre d’occurrences concernées dans votre entreprise. Vous êtes déjà à plusieurs milliers d’occurrence ? Vous constatez une explosion combinatoire à chaque changement de maille de description ? Continuez vous êtes sur la bonne voie … Déduisez la charge nécessaire à la création du référentiel et à sa mise à jour régulière sur quelques années. Vous brassez déjà des milliers de JH ? Alors posez-vous la question de l’organisation nécessaire et du niveau de compétence et de disponibilité que cela requière, notamment auprès des acteurs « métier » … Vous y êtes. ULM2 et les autres se révèlent être des épiphénomènes, la réussite de votre projet de référentiel d’entreprise se joue ailleurs.
La finalité de ce type de référentiel est maîtriser parfaitement le périmètre du SI qui est documentée. Comme cela coûte cher et mobilise des ressources rares, il est surtout hors de question de généraliser cette démarche à toute l’entreprise. Du moins, tant qu’on garde une vague préoccupation d’analyse de la valeur.
C’est donc le résultat d’une étude d’alignement du SI sur le métier qui doit indiquer les parties du SI devant être documentées et à quelles niveaux de maille, et non l’inverse …
Pour réaliser une étude globale d’alignement du SI sur la stratégie métier, quelques représentations sont effectivement indispensables. Mais a ce stade, l’industrialisation n’a pas de sens, voire se révèle être contre-productive. Seule la pertinence prime.
mars 13th, 2009 at 16:29
Monsieur Renaud,
L’adresse de mon blog est :
Myblogjoemaalouf.com
Je suis désolé de n’avoir pas pu vous répondre plus tôt.
Cordialement
JM
mars 14th, 2009 at 22:15
Philippe, ne serais-tu pas en train d’evoquer Praxeme ainsi que plus indirectement la methode MDM du MAG ?
Fab.